Septembre 2019 – Salvador, encore

Antoine est rentré !
Plusieurs choses le surprennent : la peinture blanche (bonne surprise), le nouveau port (moyenne surprise), et la taille de Mousse qui a bien grossi grandi en 3 mois (pas bonne surprise).

Contrairement au commun des mortels, 3 mois de boulot intensif ne lui donnent pas envie de se reposer : il décide d’enchaîner direct sur la modification de notre annexe en Optimist, la construction complète d’un mini-ordinateur, ainsi que la remise en service de notre moteur hors-bord. Pour ce qui est du moteur, j’avais démonté le carburateur 150 fois, avant d’abandonner quand j’ai compris que le problème était électrique (l’électricité et moi, ça fait… beaucoup).

Mon niveau de motivation n’étant pas vraiment le même que lui, je fais pas mal de choses de mon côté, notamment participer à la 50ème régate Aratu – Maragojipe, un évènement hautement classieux de la baie de Salvador.

Les Brésiliens qui ont des bateaux les sortent encore moins souvent que les Français (quand on sait que la moyenne annuelle d’utilisation des bateaux en France se situe entre 1,5 et 10 jours, ça fait peur). Mais cette régate, c’est ZE place to be : 250+ voiliers de toute taille, qui se courent après sur 40 milles nautiques en ligne droite (au portant) et 10 à remonter le Rio Paraguaçu.

Concourir avec Aukena est franchement inenvisageable – une régate, lol – alors je pars sur Venus II avec Jules. Sauf qu’en plus de s’y prendre au dernier moment et d’être radins, on a un peu la flemme de vraiment s’inscrire. On décide donc de seulement suivre le train des bateaux, et pourquoi pas d’en dépasser un ou deux !

Mais le concept de se lever tôt aura raison de nos objectifs, et on se débrouille quand même pour se retrouver derniers. En plus, la pompe de refroidissement de Venus II a lâché dans la nuit, on ne peut donc pas utiliser le moteur.

Et là, vous me direz que c’est pas forcément judicieux de remonter sans moteur une rivière connue pour sa piraterie. C’est pas faux.

En arrivant à Maragojipe, la ligne d’arrivée de la régate, la nuit tombe déjà. On pose l’ancre (à la voile, sivouplaît) à côté d’un grand bateau de voyage en aluminium au pavillon… français ! Il nous fait un peu rêver, mais le temps qu’on se décide à aller dire coucou, l’équipage est déjà parti à terre pour la grande soirée de remise des prix. Jules a réussi à choper deux entrées VIP grâce à son charme sans égal, on se met donc sur notre 31 et débarquons à terre.

Normalement, qui dit remise des prix de régate dit grand standing, discours pompeux et buffet de petits fours. Mais au Brésil, la beauferie nationale s’immisce même dans les strates les plus hautes de la société : en tenue de voile, les cheveux pleins de sel, les régatiers se pressent à l’open bar de bières et brochettes de viande. Le sol est jonché de canettes vides, mais l’ambiance est électrique, et Jules et moi saluons une dizaine de personnes, comme si on avait commencé à se faire un trou à Salvador…

Au bout d’une heure, quelqu’un nous interpelle dehors, en français : « ah ben vous êtes là vous… » C’est Dominique, le gérant du Terminal Nautico, que j’avais quitté après l’épisode désastreux de mon passage au bord de la mort. Il s’avère qu’il a fait la régate sur le bateau en alu – Arios – qui nous a tant impressionnés à l’arrivée : c’est ainsi que nous rencontrons José et Estelle, qui vont devenir de très très bons amis.

José, moi, Jules, Estelle, et le monsieur qui prend la photo est inconnu

On discute en buvant des caïpirinhas, et je suis de plus en plus admirative de leur histoire : en 5 ans seulement, ils ont dessiné et fait construire la coque, aménagé et équipé eux-mêmes leur bateau Arios. Le bébé fait 16m, deux mâts, un équipement pour aller au bout du monde et un plan intérieur qui fait rêver. Même leur histoire personnelle est intéressante : anciens pilote de ligne et hôtesse de l’air, ils ont déjà voyagé partout…

On rentre donc ensemble, en se promettant de se boire un café le lendemain. Au matin (enfin à 9h30), je sors la tête du cockpit ; pendant une seconde, je ne sais pas si je dors encore : sur les 250 bateaux qui étaient là la veille au soir, nous ne sommes plus que…2. Tous les régatiers sont partis au lever du jour pour avoir le temps de rentrer à Salvador. Les histoires d’abordage et de séquestrations de voiliers me reviennent en tête, je secoue Jules pour qu’on parte rapidos.

José et Estelle font de même sur Arios, et on se met d’accord pour se retrouver à un autre mouillage pour pouvoir dîner ensemble. Sauf que sans moteur, la remontée du Paraguaçu est un peu plus longue pour Jules et moi, à base de virements de bord toutes les 5 minutes…

Paré ? On vire ! Paré ? On vire !

Le soir, apéro sur Arios, on ne voit pas l’heure passer : quand je regarde par hasard mon téléphone, il est 2h30 du matin ! Nous passons 2 jours tous ensemble, à naviguer, faire des apéros, siester, dîner, se balader… C’est la dolce vita et ça fait du bien.

Retour à Salvador, visite au Président

Une dernière nuit au mouillage pour attendre la marée, devant une belle plage qui nous semble parfaite pour poser l’ancre. Sauf que le lendemain matin, c’est la Marine Nationale qui nous réveille : « Vos papiers s’ils vous plaît, vous n’avez pas du tout le droit d’être là, c’est la plage privée du Président » Ouch. (Encore plus ouch avec le nouveau président du Brésil, savant mélange de Trump, Voldemort et Jean Marie le Pen.) Absolument rien n’était précisé sur les cartes ! En plus, je suis partie sans passeport ni carte d’identité, les militaires tiquent. Ils finissent par nous laisser partir après vérification par téléphone avec leurs collègues, mais demandent quand même à Jules d’écrire une lettre d’excuse officielle (en portugais) au Président de la République…

En termes de travaux, l’annexe avance bien, et je me suis lancée dans la construction d’un capot en fibre de verre pour notre motorzinho qui est tout nu.

Point technique : après moult réflexion, Jules et moi décidons de recouvrir le moteur de mousse expansée, que l’on sculpte pour pouvoir mouler directement les feuilles de fibre de verre dessus. Ce n’est peut-être pas la manière la plus simple, mais c’est super rigolo.

Entre tous ces travaux, manger des moquecas (plat de fruits de mer en sauce à l’huile de dende, yummy) et profiter encore un peu de la ville, le temps passe trop vite. Nous sommes bien évidemment à la bourre pour aller retrouver nos équipières du grand sud, et nos visas brésiliens, même avec leurs 6 mois, approchent de la fin… Les larmes aux yeux, nous quittons Salvador le 17 septembre.

 

Pour moi, cela restera l’une de nos plus belles escales. J’ai pris le temps de prendre mon temps, découvert des personnes incroyables, bref j’ai vécu comme on rêve de vivre quand on part en voyage.

 

Prochaine escale : Sud du Brésil, en toute illégalité

 

 

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