Juin – Août 2019 : pause Brésilienne

 

Juin – Août en France, c’est les grandes vacances, personne ne bosse, tout est fermé et il y a plein d’embouteillages.

 

Sur Aukena, on fait les choses à l’envers : Antoine part travailler (quelle drôle d’idée) à Nantes, pendant que je garde le bateau, Mousse et que je fais des travaux. J’ai caressé un moment l’idée de rentrer moi aussi en France, notamment quand les 2 mois initiaux d’Antoine se sont transformés en 3 pour cause de retard de chantier, mais Salvador et la Bahia de Todos os Santos m’ont happée.

Antoine a vécu son histoire d’amour au Brésil (cf. article précédent), maintenant c’est à mon tour. C’est une belle histoire, avec de la joie, des pleurs, des péripéties et même un passage au bord de la mort (sisi). Salvador, mi amor

Commençons par le commencement : plus tôt cette année, le téléphone d’Antoine sonne. C’est Laurent, ami et collègue de Nantes, qui en plus de lui avoir carrément fait changer de carrière nous a aidés de mille manières pour le bateau. « Ça te dirait de revenir en France pour un mois ou deux, juste le temps d’équiper le prochain bateau de course de Black Pepper ? » En langage Laurent, ça veut dire « Je suis overbooké, tous ceux avec qui je travaille sont incompétents, help reviens ! » L’idée tente bien Antoine et son porte-monnaie, et le timing est pour une fois pas mauvais.

En plus, grâce à mes yeux bleus et mes cheveux blonds (c’est pas moi qui le dis), nous avons eu un visa de 6 mois au Brésil, au lieu des 3 mois standards : c’est du jamais vu, tout le monde est jaloux. En vérité, le douanier ne devait pas être très réveillé et nous a confondus avec des Marinheiros professionais. On ne s’en plaint pas…

Antoine monte donc dans son avion à destination des croissants et des baguettes tradition, et je me retrouve seule avec Mousse au Terminal Nautico de Salvador. Je me morfonds quelques jours, puis décide d’avancer sur ma to-do list « travaux pas forcément utiles avec lesquels Antoine n’est pas forcément d’accord » :

  • Repeindre l’intérieur du bateau en blanc
  • opérer Mousse pour ne pas commencer un élevage industriel de chatons
  • faire des bancs de cockpit
  • refaire la table de cockpit
  • retirer le fameux tableau du carré que je ne peux plus voir

Il y avait d’autres travaux sur cette liste, mais comme je ne les ai jamais terminés, je vais gentiment prétendre qu’ils n’y ont jamais figuré.

Tout cela dans la discrétion la plus totale, je veux faire la surprise à Antoine quand il rentrera. Pas très pratique de faire des Skype quand tu dois cacher tous les arrière-plans…

 

Lui, pendant ce temps-là, bosse comme un petit chinois à Nantes :

Mon travail avance bien, en partie parce que je suis totalement seule à vivre dans le port. J’ai ma petite routine yoga – petit dej – ponçage – déjeuner – sieste – peinture/balade/musée/ciné – dîner – dodo. C’est une vie beaucoup trop saine dont mon corps n’a pas l’habitude.

Heureusement, pour me sortir de cet enfer, il y a enfin de nouveaux arrivants pour me remettre dans le droit chemin des apéros et des soirées trop tardives.

  • D’abord, il y a Yves, sur son Galapagos de 14m (team plans Caroff, sisi la famille) qu’il a construit lui-même à peu près à la même époque qu’Aukena. Il va vers le sud, comme nous, et c’est loin d’être sa première fois ; c’est une mine d’or d’infos et d’histoires de bateau.

 

  • Guillaume et Lucie arrivent peu après à bord de Touareg, leur bateau en alu de 10m. DES JEUNES ! Ça fait au moins 1200 ans que je n’en ai pas vu (la solitude commence à affecter mes capacités à compter). En plus, c’est la période des Ferias Juninas à Salvador, l’équivalent de notre 14 juillet en mieux : défilés, concerts, costumes, plats et liqueurs, c’est un petit carnaval et c’est parfait.
  • Puis je rencontre Muriel et sa fille Idalie. Elles habitent à Salvador depuis 8 ans, et n’ont rien à voir avec le bateau. C’est plutôt rare de faire de vraies rencontres en dehors de ce milieu vite étouffant…

Nota bene : nous sommes en pleine coupe du monde féminine de Football ; au Brésil, c’est bien sûr moins important que le vrai foot masculin, celui avec des poils et de la testostérone, mais quelques bars diffusent quand même les matchs, sauf bien sûr quand ils se jouent en même temps que ceux de la Copa America (faut pas pousser Mémézinha dans les ortizinhos).

Assise à la terrasse d’un café avec Yves et Guillaume, j’encourage les Bleues pour le match France/Brésil, en essuyant quelques regards noirs. Une voix lance « Vous êtes Français, je peux m’asseoir avec vous ? » C’est comme ça que nous rencontrons Muriel, avec qui nous terminerons cette soirée, la première d’une longue liste.

  • Fin juin, c’est Jules qui débarque de sa traversée de l’Atlantique en solo. Avec Jules, c’est la troisième fois qu’on se croise sur les mers, un peu comme si on se courait après. Il restera 3 mois au Brésil – malgré ses yeux encore plus bleus que les miens, il n’a pas eu le droit au visa de 6 mois. On s’entend bien, le temps passe vite, trop vite – tout comme les soirées qu’on passe tous les 3 avec Guillaume, à parler de la vie jusqu’à pas d’heure.
Guillaume, Muriel, (moi), Yves et Jules. Ouch le flash pas flatteur

 

Enfin, il y a tous ceux que je croise une ou deux fois, mais qui participent à la création de cette vraie vie sociale qui manque cruellement quand on ne s’arrête jamais longtemps quelque part. Marta, Lorena, Emilie, Nathalie, Eric et sa famille, Mamadou le consul, Agathe, Oguz Khan, et d’autres…

Pendant ce temps, Antoine aussi se fait des nouveaux copains à Nantes :

BREIZH PONEY

 

Retournons à ma to-do liste :
  • La peinture est finie – et j’en suis pas peu fière
  • Mousse est stérilisée après moult trajets chez le veto en Uber
  • Les bancs de cockpit sont prometteurs
Pas hyper efficace mon assistante menuiserie
  • La table était presque terminée jusqu’à ce que Jules la casse (grr), du coup j’ai pas de photo.

 

  • Enfin et surtout, après 3 ans, le tableau du carré a DISPARU ! Muriel, en plus d’avoir mille qualités et une vie incroyable, est artiste : elle remplace donc la scène nautique miniature (l’unique chose capable de me filer le mal de mer) par un de ses beautiful collages.

Mi-juillet, un coup de vent de sud arrive sur Salvador. Consciencieuse, je prévois et rajoute des amarres, m’éloigne encore un peu plus du quai, vérifie mes pendilles (pour les terriens, pendille = grosse amarre reliée à une chaîne au fond du port, qui fait office d’ancre).

Le vent ne s’avère pas si fort, mais le problème, c’est le ressac (les vagues) : au Terminal Nautico, il rentre je ne sais comment jusque dans le fond du port, et tous les bateaux sont chahutés comme des canards en plastique dans une baignoire.

Une nuit, gros BOUM, l’étrave tape contre le quai car une pendille a cassé à l’arrière. Je suis moyennement sereine : si la deuxième casse aussi, le bateau ne sera plus attaché que par l’avant. Imaginez 14 tonnes qui se font jeter de gauche à droite contre un ponton ou un autre bateau… J’ai moins peur pour Aukena que pour la belle et fragile Venus II, le bateau de Jules amarré juste à côté. Je me précipite, trouve miraculeusement une autre pendille, qui cassera elle aussi quelques heures plus tard.

La nuit suivante, 3h du matin (pourquoi faut-il que ce soit toujours la nuit ?!) : le bateau tape à nouveau, je me re-précipite. Sauf qu’il pleut, le ponton glisse, et le bateau bouge tellement… que je tombe à l’eau. Mais je ne tombe pas simplement, en un joli bond gracieux : je prends le soin de m’éclater la tête sur l’ancre en inox, bien pointue à l’avant du bateau. Jules, que tout ce bordel a réveillé, me croit un moment inconsciente dans l’eau et s’apprête à sauter. Mais je remonte, frigorifiée et la bouche en sang ; rien de grave, juste la lèvre fendue. Heureusement que je n’ai pas amorti le choc avec mon nez, mon œil, ou pire…

3 ou 4 nuits sans sommeil, peur pour le bateau, pour moi ; ça fait un peu trop pour mes nerfs, je décide de partir de ce foutu port. Jules avait visité quelques jours avant la baie de Ribeira, qui lui avait semblé bien plus agréable que le Terminal Nautico ; nous emmenons tous les 2 Aukena à sa nouvelle adresse, avant de faire la même chose avec Venus II le jour suivant.

Enfin ! Un port calme, une vie de village agréable où l’on peut se promener le soir tranquille, des plages, des prix corrects, tout ça à 30 min de bus du centre historique… Je regrette de ne pas être venue ici dès le départ d’Antoine. Après ces derniers jours, j’ai envie de faire la bise à tout le monde dans la rue, j’aime tout le monde et tout est beau.

Les semaines suivantes, je partage mon temps entre des sorties (coup de cœur pour le Jam no Mam, un concert de jazz en plein air au Musée d’Art Moderne, et le club Jazz na Avenida), un vaste abandon des travaux entrepris, et un dernier tour en bateau dans la baie.

Pendant ce temps-là en Gaule, Antoine a fini d’équiper le Black Pepper, et s’offre une petite rando dans les Alpes au Tour des Fiz.

14 août : Antoine revient !
Un dernier petit mois à Salvador, puis on continue vers le sud…

 

Prochain article : Septembre : Salvador, encore

 

 

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Roth dit :

    Trop cool ces récits, trop cool ces photos…
    Hâte de lire la suite de l’aventure.

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