Avril 2019 – Traverser l’Atlantique, 3ème

Une transatlantique, ce n’est jamais anodin. Même quand c’est la troisième…

Nous partons de Casamance le cœur lourd et les voiles bien gonflées (petit zeugme, honhon). 30 nœuds de vent portant, c’est agréable en pleine mer mais un peu moins pour sortir d’un chenal interminable, très étroit et bordé de bons gros bancs de sable bien agressifs. Avec un passage de ferry en bonus.

On s’en sort néanmoins, et les 9 premiers jours sont globalement un copier-coller de cette journée de départ. Vent stable, une très bonne moyenne à 6,5 nœuds, tout ce qu’on aime.

Fun fact : notre feu de tête de mât est cassé, alors on ressort notre costume de roumains et on accroche ça tous les soirs dans le cockpit :

Comment ça on fait pitié ?

 

Au bout de quelques heures, harmattan oblige, on ne voit plus la terre. On sait que ça va être le cas pendant une vingtaine de jours, mais ça fait quand même toujours un petit quelque chose dans le ventre… Le soleil se couche, premier quart sous les étoiles, celui pendant lequel tu réalises ce que tu es en train de vivre. Puis deux heures de répit, celles pendant lesquelles tu devrais vraiment dormir mais tu n’y arrives pas. Réveil, arrive la fatigue, celle qui te fait maudire l’océan pendant une micro-seconde et voir ton lit comme la 8ème merveille du monde. Second, puis troisième quart de veille, où le corps lâche et l’écran de l’ordi n’est qu’une vague tache colorée. Puis tous ceux d’après…

 

Normalement, en termes de fatigue et de rythme, le corps s’habitue au bout de 3 jours. Sauf que là, on a décidé d’être un peu stupides et de tester différents systèmes de quart. Jusqu’alors, on tournait toutes les 2h :  pas beaucoup de temps de repos, mais au moins ta veille ne dure que 150 pages ou 2 épisodes de série.

 

  1. Quarts de 4h

Nos deux premières veilles se passent très bien, le problème c’est la suite. Quart de 5h à 9h : pire horaire Marionesque établi. Je loupe 3 réveils, je sais pas où je suis, j’ai envie d’étriper Mousse (presque). Si un bateau arrive en face il faudra qu’il ait un très gros klaxon…

 

  1. Quarts de 6h

Il paraît que c’est un système vérifié et utilisé par plein de gens. Spoiler : pas par nous, mais cette fois c’est Antoine qui boude ! Mes 6 heures de veille en début de nuit passent comme papa dans maman, je vais me coucher à 4h du matin après ½ bouquin et 2 films. Mais le lendemain, Antoine est tout chafouin, les yeux en trou de pipi dans la neige, il me dit que ça lui va pas du tout comme système.

 

  1. Quarts de jusqu’à ce que tu tombes

On en a un peu marre de faire des calculs trigonométriques tous les soirs pour savoir comment on s’arrange, alors on se dit qu’on va essayer au feeling. Échec, on est tous les deux crevés, on s’attend à être réveillés à tout moment quand on dort, enfin bref, c’est un non.

 

  1. Quarts de 3-4h

Finalement, on terminera la transat sur un rythme de 3-4h chacun, selon notre état de fatigue et les éventuelles manœuvres à faire. Le fait d’être coincés dans le pot-au-noir pendant 8 jours change aussi un peu la donne, on s’autorise un peu moins de vigilance quand on avance à 1,4 nœuds…

 

Parce que oui, après nos 10 premiers jours de régate, on atteint le pot au noir juste au sud du caillou de Sao Pedro Sao Paulo – sur lequel nous ne pouvons malheureusement pas descendre cette fois, dommage !

Pour les terriens, le pot-au-noir (ou zone de convergence intertropicale en politiquement correct), c’est une zone située entre les alizés de l’hémisphère Nord et ceux du Sud. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas un pet de vent les ¾ du temps, mais des grains toutes les deux heures, avec des rafales qui montent à 35 noeuds en 5 minutes, jour et nuit. Cette zone se déplace et s’élargit selon les saisons, et clairement, on aurait mieux fait de traverser plus tôt…

 

Nous avions mis environ 2 jours à le traverser en 2016. Autant dire que 8 jours, ça nous a paru carrément interminable. Bien évidemment, on a pas assez de gasoil pour faire du moteur h24, alors parfois on avance à vitesse tortue avec une mini-brise, parfois on fait du surplace pendant des heures, parfois on recule carrément à cause du courant. Tout ça en sortant les voiles à chaque fois qu’on croise un grain pour gratter quelques milles, puis en affalant tout 10 min plus tard pour ne pas tout abîmer.

 

Au moins, ça laisse le temps à Antoine se lance dans la production industrielle de pain, jusqu’à atteindre un niveau ma foi assez proche de la perfection :

 

Autre problème de cette traversée : les sargasses. Ces algues relou forment des énormes nappes qui dérivent avec les courants, et qui freinent sensiblement le bateau quand il passe dessus. Alors imaginez ce que ça donne pour la pêche… Nos stats descendent en flèche, seulement 5 ou 6 vraies touches et 2 poissons remontés !

Par contre, celle qui a fait exploser les compteurs, c’est Mousse, et ses récoltes matinales lui ont fait prendre un bon petit kilo…

Une nuit de récolte sur le pont d’Aukena, sont pas malins ces poissons volants…

 

 

 

21ème jour – Arrivée à Salvador

Pour moi, l’arrivée après une longue navigation est toujours étrange, et je ressens encore une fois ce mélange de soulagement, d’agacement, d’excitation et de tristesse. Ce n’est pas facile de laisser la mer derrière soi après tant de jours, et d’accepter le fait d’avoir un horizon bouché par la terre…

Surtout ce genre de terre. Après les rivières du Sénégal, je dois dire que la vue d’une côte over-urbanisée à la brésilienne est difficile. Les buildings se dressent, nous étouffent un peu, mais on se réhabitue (malheureusement) bien vite.

 

Notre atterrissage se fait au Terminal Nautico de Bahia, réputé moins cher que l’autre marina toute neuve de la ville. Le ponton est exclusivement peuplé de Français : apéro time ! Même si on aime pas se l’avouer on apprécie quand même toujours de retrouver cette ambiance de port…

 

L’arrivée d’Antoine et Erell étant imminente, on passe les 3 jours suivants à préparer, ranger, nettoyer et réparer le bateau pour les 3 semaines à venir.

À suivre, une Bromance au Brésil <3

 

 

 

 

 

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